CHRONOLOGIE
DE LA GENÈSE DE L'ÉDUCATION SENTIMENTALE
Toutes les citations sont tirées de l’édition de la
correspondance établie par Jean Bruneau (Paris: Pléiade, vols 3 et 4)
1862
29 mars: [Flaubert] voudrait faire deux ou trois
petits romans non incidentés, tout simples, qui seraient le mari, la femme,
l'amant (Extrait du Journal des
Goncourt (Corr., 3. 879).
12 juillet:
Je rêvasse un tas de choses, je divague dans mille projets (Lettre à
Edmond et Jules de Goncourt) (Corr.,
3.230).
14 juillet: Maintenant que je n'ai plus de
travail suivi, je ne sais que devenir. Je rêvasse et patauge au milieu d'un tas
de plans et d'idées (Lettre à Mme Jules Sandeau) (Corr., 3.232).
21 octobre:
d'autre part, je rêvasse un autre bouquin, mais il me manque bien des
choses avant même d'en faire le plan (Lettre à Amélie Bosquet) (Corr., 3.254).
14 décembre: A
partir de demain, je m'enferme et je me remets à travailler (Lettre à Alfred
Baudry) (Corr., 3.272).
12
décembre: Et m'être mis sérieusement au
plan de la première partie de mon roman moderne parisien???… (Carnet 2,47v) (Carnets de travail, p. 243).
15
décembre: S'il m'advient des histoires, je te les expédierai
immédiatement, mais il me semblait que ton sujet etait corsé maintenant, avec l'adjonction de l'ami (Lettre de Bouilhet à
Flaubert) (Corr., 3, 950).
1863
23
janvier: Nous causerons quelque peu de
ton plan, et si nous n'avons rien de mieux à faire, après, je pourrai te lire
mon Scénario Chinois [...] (Lettre de Bouilhet à Flaubert) (Corr.,
3.239).
6 février: Tu
me reparles des deux commis, et tu m'as l'air très monté à leur endroit [...] Seulement,
comme tu le dis, une histoire sentimentale serait quelque chose de plus neuf et
de plus heureux, de ta part, car on s'y attendrait moins, qu'à une analyse quelconque,
et à une peinture de moeurs détaillée (Lettre de Bouilhet à Flaubert) (Corr., 3.954).
11 février: Retour avec Flaubert [...] Causerie sur son roman moderne, où il
veut faire tout entrer, et le mouvement de 1830, à propos des amours d'une
parisienne, -
et la physionomie de 1840, et 1848, et l'Empire: «Je
veux faire tenir l'Océan dans une carafe» (Extrait du Journal des Goncourt) (Corr., 3.882).
7 ou 14 mars: Si réellement tu ne te sens pas
monté pour le roman sentimental, donne tête baissée, dans les 2 commis (Lettre
de Bouilhet à Flaubert) (Corr.,
3.240).
29 mars: Quant à moi, je suis dans la
confection simultanée de mes deux plans.
C’est à cela que je passe toutes mes soirées. Je ne sais pour lequel me
décider (Lettre à Jules Duplan) (Corr.,
3. 314).
2 avril: Je
m'acharne à mon roman parisien, qui ne vient pas du tout [...] Aucune scène
capitale ne surgit. (Lettre à Jules Duplan) (Corr., 3. 315).
3 avril: Je rêvasse à la fois deux livres sans faire
grande besogne (Lettre à Théophile Gautier) (Corr., 3. 317).
7 avril: Je
travaille sans relâche au plan de mon Éducation
sentimentale, ça commence à prendre forme? Mais le dessin général est
mauvais! Ça ne fait pas la pyramide! Je doute que j’arrive
jamais à m’enthousiasmer pour cette idée (Lettre à Jules Duplan) (Corr., 3. 318).
6 mai: J'ai
fait le plan de deux livres qui ne me satisfont ni l'un ni l'autre. Le premier
est une série d'analyses et de potins médiocres sans grandeur ni beauté (Lettre
à Edmond et Jules de Goncourt) (Corr.,
3. 323).
2 mai: Si ton sujet Parisien n'est décidément pas
mûr, il ne faut pas se désespérer pour cela. [...] Revenons à ton roman: ton
idée de retrancher la femme du monde, et de faire passer la femme mariée par
tous les degrés serait fort bonne, si un nommé Flaubert n'avait déjà fait un
chef d'oeuvre qui s'appelle Madame Bovary
[...] C'est, au fond, retomber dans la même étude. Si avec les éléments
psychologiques que tu as déjà, tu pouvais trouver des faits amusants, de façon à faire, dans ton livre, moins d'analyses
que [de] narrations, tout serait gagné
(Lettre de Bouilhet à Flaubert) (Corr.,
3.242).
17 juin: J'ai fait deux plans de livres qui sont
peut-être bons? mais qui ne m'enthousiasment guère (Lettre à Mademoiselle
Leroyer de Chantepie) (Corr., 3.327).
26
juin: J' ai réfléchi à mes deux plans sans y rien ajouter (Lettre à Jules
Duplan) (Corr., 3.336).
1864
1 février: Au milieu de tout cela je pense
sans cesse à mon roman ; je me suis même trouvé samedi dans une des situations
de mon héros. Je
rapporte à cette oeuvre (suivant mon habitude) tout ce que je vois et ressens
(Lettre à Caroline) (Corr., 3.374).
3 mars:
Je vais employer le temps qui me reste d’ici à mon départ définitif de
Paris, à préparer mon terrible roman
(Lettre à Caroline) (Corr., 3. 382).
16 avril:
Tu dois être plongé dans ton scénario, et dans tes lectures (Lettre de
Bouilhet à Flaubert) (Corr., 3.971).
18 avril: Heureusement que maintenant je
travaille beaucoup. -
Au plan de mon grand roman parisien. Je commence à le comprendre, mais jamais
je n'ai autant tiré sur ma pauvre cervelle (Lettre à Caroline) (Corr., 3. 389).
23 avril: Je vois que tu commences à fouiller et
creuser ton sujet. C'est un bouquin dans lequel les nuances joueront un grand
rôle, et il y faudra une analyse inflexible [...] (Lettre de Bouilhet à
Flaubert) (Corr., 3.972).
11 mai:
J'ai, hier, travaillé toute la journée avec Monseigneur au plan de mon
livre [...] L'idée principale s'est dégagée et maintenant c'est clair. Mon intention est de commencer à
écrire, pas avant le mois de septembre (Lettre à Caroline) (Corr., 3. 393).
25 juin: Je
suis heureux d'apprendre que ton sujet se développe [...] et qu'il commence à
te plaire [...] Il me semble que tu lis beaucoup de socialistes, quand la
question doit occuper si peu de place dans ton livre? Mais je parle en aveugle - ne pouvant prévoir la couleur que tu as l'intention
de donner à l'ensemble (Lettre de Bouilhet à Flaubert) (Corr., 3. 973).
20 août: La vue
des lieux t'a-t-elle remis du baume au coeur, pour ton roman? (Lettre
de Bouilhet à Flaubert) (Corr.,
3.974).
6 octobre: Me voilà maintenant attelé depuis un
mois à un roman de moeurs modernes qui se passera à Paris (Lettre à
Mademoiselle Leroyer de Chantepie) (Corr.,
3. 409).
22 octobre:
J'augure beaucoup de ton roman. Je comprends le plan désormais. Dans le début, il
m'échappait complètement, tu te rappelles; mais le travail à Paris lui a donné
un ensemble d'intention qui en fait
un livre et un beau livre. (Lettre de Bouilhet à Flaubert) (Corr., 3. 977).
1865
22 février: Je suis perdu au milieu des vieux
journaux et des marchands de tableaux (Cf I,iv) (Lettre à Caroline) (Corr., 3. 424).
20 juin: Après
le repas nous irions dans un bastringue (Cf I, v) (Lettre à Jules Duplan) (Corr., 3. 445).
8 octobre:
Jamais je ne me suis donné de mal comme depuis deux mois et j’espère, vers le
Jour de l’An, être arrivé à la fin de la première partie de mon roman (Lettre à
Mademoiselle Leroyer de Chantepie) (Corr., 3. 460).
29 octobre: Je
travaille toujours comme un misérable et j’espère dans les premiers jours de
janvier, avant le 20, avoir fini ma sempiternelle 1re partie? (Lettre à Jules Duplan) (Corr., 3. 463).
1866
16 janvier:
J’ai beaucoup travaillé cet hiver; j'ai fini la première partie de mon roman
(Lettre à Mademoiselle Leroyer de Chantepie) (Corr., 3. 479).
29 mars: Et
quand je reviendrai à Croisset, au milieu de mai, j’aurai, probablement, fini
le 1er chapitre de ma seconde partie (Lettre à Caroline) (Corr., 3. 486).
1er
septembre: Quant à ton ami [...] le revoilà à son travail en train de
confectionner le chapitre II de la second partie de son interminable livre
(Lettre à Ernest Feydeau) (Corr., 3. 524).
1867
16
janvier: J'achève la seconde partie. Je
ne puis être complètement débarrassé avant le milieu de 1869 (Lettre à Sainte-Beuve) (Corr., 3.595).
1er
avril: Je bûche la Révolution de 1848
avec fureur. Sais-tu combien j’ai lu et annoté de
volumes depuis six semaines. Vingt-sept, mon bon (Lettre à Louis Bouilhet) (Corr., 3. 624)
12 juin: J'ai fini mon chapitre et j'aborde le
plan du suivant ou les faits surabondent (Cf II, iv) (Lettre à Jules Duplan) (Corr., 3. 652).
16 novembre:
Quant à votre ami, il espère, à la fin de janvier, avoir terminé la seconde
partie de son roman (Lettre à Madame Jules Sandeau) (Corr., 3. 703) .
1868
24 janvier: Mon
roman est arrivé à la fin de sa seconde partie. Mais pour
l’avoir entièrement terminé, il me faut bien encore dix mois. J’aborde la Révolution de 1848 et,
en étudiant cette époque-là, je découvre beaucoup de choses du passé qui
expliquent les choses actuelles. Je
crois que l’influence catholique y a été énorme et déplorable (Lettre à
Mademoiselle Leroyer de Chantepie) (Corr., 3. 725).
19? février: Je
suis en plein, maintenant, dans l’histoire de 1848. Ma conviction profonde est
que le clergé a énormément agi. (Lettre
à Jules Michelet) (Corr., 3. 728).
9 mars: Je me
livre à pas mal de courses pour avoir des renseignements sur 1848. Et j’ai bien
du mal à emboîter mes personnages dans les événements politiques. Les
fonds emportent les premiers plans (Lettre à Caroline) (Corr., 3. 729).
11 mars: Je
tâche d'arranger le plan de ma 3e partie, et je lis un tas de choses
ineptes (Lettre à Caroline) (Corr.,
3.733).
14 mars: Quant à ton vieux géant, il a commencé
aujourd'hui le premier chapitre de sa troisième partie. Mais j’ai bien du mal à
emboîter mes personnages dans les événements politiques de 48! J’ai peur que
les fonds ne dévorent les premiers plans. Les personnages de l’histoire sont
plus intéressants que ceux de la fiction, surtout quand ceux-là ont des
passions modérées. On s’intéressera moins à Frédéric qu’à Lamartine? – Et puis,
quoi choisir parmi les Faits réels? Je suis perplexe. C’est dur! Quant aux renseignements à recueillir, ça me demande un
temps terrible! (Lettre à Jules Duplan) (Corr.,
3.734).
26 juin: J’ai
besoin de retransporter ma binette dans la capitale:
1o
pour lire encore quelques journaux sur 48,
2o pour aller passer deux jours dans
la forêt de Fontainebleau (Lettre à Jules Duplan) (Corr., 3. 764).
5 juillet: Je suis toujours plongé dans mon
roman. Il me faut encore une bonne année avant de l’avoir fini [...] Cette
cohabitation morale avec des bourgeois me tourne sur le coeur et m’épuise (lettre à Mademoiselle Leroyer de Chantepie)
(Corr., 3.769).
5 juillet: J’ai violemment bûché depuis six
semaines. Les patriotes ne me
pardonneront pas ce livre, ni les réactionnaires, non plus! Tant pis; j’écris
les choses comme je les sens, c’est-à-dire comme je crois qu’elles existent
[...] Tout ce que je trouve de christianisme dans les révolutionnaires
m’épouvante! (Lettre à George Sand) (Corr.,
3. 770).
10 août:
Après-demain, je reprends mon interminable livre, qui sera fini, je pense, en
1869! (Lettre ‘a Jules Michelet) (Corr., 3.785).
10 août: Je me
suis mal expliqué, si je vous ai dit que mon livre «accusera les patriotes de tout le mal». Je ne me reconnais le droit d’accuser
personne. Je ne crois
même pas que le romancier doive exprimer son
opinion sur les choses de ce monde. Il peut la communiquer, mais je n’aime pas
qu’il la dise [...] les réactionnaires, du reste, seront encore moins ménagés
que les autres, car ils me semblent plus criminels (Lettre à George Sand) (Corr.,
3. 786).
21 août: Je
prépare maintenant la fin de mon chapitre. J'arrange le château et la forêt de
Fontainebleau! (Lettre à Caroline) (Corr.,
3. 791).
27 août: Je
raconte, ou plutôt une cocotte de mon bouquin raconte son enfance. (Lettre à
Jules Duplan) (Corr., 3. 793).
2 septembre:
J’avais fait un voyage de Fontainebleau avec retour par le chemin de fer, quand
un doute m’a pris, et je me suis
convaincu, hélas! qu’en 1848 il n’y avait pas de chemin de fer de Paris à
Fontainebleau. Cela me fait deux pages à démolir et à recommencer! (Lettre à Jules Duplan) (Corr., 3.795).
9 septembre:
Moi, je travaille furieusement. Je viens de faire une description de la forêt de Fontainebleau, qui m’a donné une
envie de me pendre à un de ses arbres. Comme je m’étais
interrompu pendant trois semaines, j’ai eu un mal abominable pour me remettre
en train (Lettre à George Sand) (Corr.,
3. 798).
19 septembre: Aussi, mon bon vieux, j’attends
les renseignements en question. Est-ce qu’aux Messageries tu ne pourrais pas
les avoir? On avait la
diligence de Lyon? j’aime mieux une
guimbarde; où descendait cette guimbarde-là à Paris? Ma page (de voyage) est restée en blanc, et de plus celle où
Frederic se promène la nuit dans la capitale. Car avant de le
faire marcher, il faut savoir d’où il part (Lettre à Jules Duplan) (Corr., 3. 803).
19 septembre: Tout se meut entre l’Immaculée
Conception et les gamelles ouvrières.
Je vous ai dit que ne flattais pas les
Démocrates dans mon bouquin. Mais je vous réponds que les Conservateurs ne sont
pas ménagés. J’écris maintenant trois pages sur les abominations de la garde
nationale en juin 1848, qui me feront bien voir des bourgeois! Je leur écrase le nez dans leur
turpitude, tant que je peux. (Lettre à George Sand) (Corr.,
3. 805).
17 octobre: Depuis mon retour ici, mes plus
longues nuits n’ont pas dépassé cinq heures, et maintenant que mon chapitre est
fini, je crève d’envie de dormir (Lettre à George Sand) (Corr., 3.811).
27 octobre: Je vais avoir fini, dans une
huitaine, le second chapitre de ma dernière partie (Lettre à Ernest Feydeau) (Corr., 3. 814).
27 octobre: Tu
serais bien aimable si tu pouvais répondre à ces deux questions: 1o Quels étaient en juin 48 les
postes de la garde nationale dans les quartiers Mouffletard, Saint-Victor et
Latin?
2o Dans la nuit du 25 à 26 juin (la nuit
du dimanche au lundi), était-ce la garde nationale ou la ligne qui occupait la
rive gauche de Paris?
Je me suis déjà adressé à pas mal de
personnes et on ne m’a pas répondu; et
je reste le bec dans l’eau avec trois pages blanches (Lettre à Ernest Feydeau)
(Corr., 3. 815).
31 octobre:
L’infinie stupidité des masses me rend indulgent pour les individualités [...]
La doctrine de la Grâce nous a si
bien pénétrés que le sens de la jusitice a disparu. Ce qui m’avait effrayé dans
l’histoire de 48 a ses origines toutes
naturelles dans la Révolution, qui ne s’est pas dégagée du Moyen Âge, quoiqu’on
dise.J’ai trouvé dans Marat des fragments tout entiers de Proudhon (sic) et je
parie qu’on les retrouverait dans les prédicateurs de la Ligue (Lettre à George
Sand) (Corr., 3.820).
19 décembre: je
travaille démesurément et suis, au fond, réjoui
par la perspective de la Fin qui
commence à se montrer. Pour qu’elle arrive plus vite, j’ai pris la résolution
de demeurer ici tout l’hiver, jusqu’à la fin de mars probablement? En admettant
que tout aille pour le mieux, je n’aurai pas terminé le tout, avant la fin de
mai (Lettre à George Sand) (Corr., 3.
830).
31 décembre: Il
faut que Dussardier ait gardé une preuve matérielle du vol de la Vatnas ou du
moins que la Vatnas croie qu’il en a une (Lettre à Jules Duplan) (Corr., 3. 833).
1869
10
janvier: Depuis mon retour, j'ai
travaillé‚ le plan de mes deux derniers chapitres, c'est encore soixante pages
que j'ai à écrire (Lettre à Jules Duplan) (Corr.,
4. 8).
1er
avril: Quand je dis que mon roman est terminé, je mens impudemment. J’ai encore
à écrire tout un chapitre, ce qui est l’affaire de deux mois. (Lettre
à Henry Harrisse) (Corr., 4. 34).
29 avril: J’espère demain finir mon dernier
chapitre? Je n’aurai plus que l’épilogue, 12 pages (Lettre à Geroge Sand) (Corr., 4. 40).
16 mai: FINI! Mon vieux! - Oui, mon
bouquin est fini! (Lettre à Jules Duplan) (Corr.,
4. 45).