MARS: SOURCES

MATIERES

  1. CANDIDATURE
  2. Alphonse Lucas, Les Clubs et les clubistes

    Les Vésuviennes ou la Constitution politique des femmes

    Alboize et Charles Elie, Fastes des gardes nationales en France, vol ii, 1849

    Journées illustrées de la Révolution

    Garnier-Pagès, Histoire de la Révolution

    Caussidière, Mémoires.

    Petits journaux

    Les Estampes

     

  3. CLUB DE L’INTELLIGENCE
  4. Alphonse Lucas, Les Clubs et les clubistes, Paris, E. Dentu, 1851.

    Garnier-Pagès, Histoire de la Révolution de 1848, Paris, Pagnerre, 1861-1862, 8 vols

     

  5. FÉMINISME

La voix des Femmes, 28 mars 1848, (Voir A. Cento, Il realismo documentario nell' «Education Sentimentale», Napoli, 1967, pp. 210-211).

Les Vésuviennes ou la Constitution politique des femmes (Voir A. Cento, Il realismo documentario nell' «Education Sentimentale», Napoli, 1967, p.215)

L’Opinion des femmes

Alphonse Lucas, Les Clubs et les clubistes, Paris, E. Dentu, 1851.

‘Club de femmes en mars 1848’. Lettre de Schlésinger fos 160-3

 

 

 

  1. CANDIDATURE (En cours de préparation)
  2. Alphonse Lucas, Les Clubs et les clubistes

    Les Vésuviennes ou la Constitution politique des femmes

    Alboize et Charles Elie, Fastes des gardes nationales en France, vol ii, 1849

    Journées illustrées de la Révolution

    Garnier-Pagès, Histoire de la Révolution

    Caussidière, Mémoires.

    Petits journaux

    Les Estampes

  3. CLUB DE L’INTELLIGENCE
  4. 1. Alphonse Lucas, Les Clubs et les clubistes, Paris, E. Dentu, 1851.

    2. Garnier-Pagès, Histoire de la Révolution de 1848, Paris, Pagnerre, 1861-1862, 8 vols

    1. Alphonse Lucas, Les Clubs et les clubistes, Paris, E. Dentu, 1851 (Extraits).

    Un certain soir, un individu dont le visage est brûlé par le soleil du Midi, aux bras nerveux, aux larges épaules, aux cheveux noirs et crépus comme ceux d’un nègre, monte à la tribune pour y lire sa profession de foi; il est vêtu d’un habit à larges basques et d’un pantalon noir; son gilet de piqué blanc à la Robespierre laisse entrevoir une chemise du rose le plus vif; il tient dans sa main un chapeau tyrolien. Après avoir longtemps promené ses regards sur l’auditoire il s’exprime ainsi:

    « Ce n’est point d’organiser le travail qu’il s’agit, Citoyens, il faut organiser l’oisiveté par la multiplication infinie des machines; il faut que l’homme, au lieu de courber sa tête vers la terre, au lieu d’appliquer ses bras aux métiers, soit entouré d’agents mécaniques qui, sur un signe de sa main, enfantent des prodiges... »

    « Il faut que tous les ouvriers soient remplacés par des « chiens savants chargés de surveiller les usines..»,

    Après d’autres divagations de ce genre, l’orateur au grand ébahissement des Amis Fraternels, prétend que tout est possible à l’aide de l’air comprimé: il ne s’agit que de s’en procurer une quantité suffisante au but qu’on se propose; le moyen, l’orateur le connaît, il l'indiquera à ses futurs collègues de l’Assemblée: « L’air comprimé! s’écrie le législateur en expectative. L’air comprimé! mais il viendra verser un air pur dans nos habitations et dans nos ateliers, tourner le bronze, polir le cuivre, scier notre bois, cirer nos bottes, faire nos lits, moudre notre café et moucher nos chandelles: l’air comprimé nous rendra pour ainsi dire les maîtres des saisons en nous donnant, à volonté et gratis, le calorique et le frigorifique!

    La candidature du citoyen Muré (ainsi se nomme le pauvre fou dont nous venons de parler) est prise en considération par les Amis fraternels. (p. 23)

    [….] le citoyen Delacollonge, président du club des Antonins, était en même temps rédacteur du journal L' Organisation du Travail. Cette feuille immonde, fondée par le sieur Clavel d’Oisy (un spéculateur qui, depuis, s’est fait condamner par les tribunaux de police correctionnelle pour tripotages californiens), publiait, peu de jours avant les événements de Juin, les noms et adresses de toutes les personnes riches qui habitent Paris, et donnait le chiffre de leur fortune. Cette estimable feuille indiquait d’avance aux soldats de la démocratie militante les endroits que, dans le cas de la victoire, alors espérée, il failait absolument visiter. Les indications du journal l’Organisation du Travail étaient comme de raison répétées par la Réforme, dont le rédacteur en chef, le citoyen Flocon, était alors membre du ministère. En vérité, lorsque les hommes de la veille nous parlent de leur loyauté, de leur mansuétude, etc., ils nous prennent pour des imbéciles. (p. 27).

    A une des séances du club de l’Arbalète, un orateur (le citoyen Verdet, chimiste), après avoir glorifié les hauts faits des héros de 1793, s’exprime ainsi « Nos pères étaient appelés niveleurs et démolisseurs; faisons comme eux, ce n’est qu’en passant le niveau sur la tête des riches que nous pourrons conquérir la vraie démocratie. »

    Un des auditeurs répond au citoyen Verdet; mais ayant dit qu’il fallait se garder de détruire l’édifice social, comme un maçon qui abat sans discernement une maison assise sur de solides fondements, un individu s’élance tout-à-coup à la tribune, l’oeil enflammé, le poing levé, prêt à frapper l’orateur!

    Les personnes les plus rapprochées accourent en foule au secours de celui-ci; on saisit le furieux, on lui demande quel est le sentiment qui l’anime ….

    — Ce monsieur, répond-il, vient d’insulter les maçons, et je suis maçon.

    Ce n’est pas sans peine qu’on parvient à lui faire comprendre et accepter le sens de la figure employée par l’orateur. (p. 28)

     

    ARRONDISSEMENT (Club démocratique du 3e) Ce club n’était guère fréquenté que par les négociants du quartier Montmartre, c'est dire qu’il se faisait remarquer par la modération de son républicanisme; seulement, les négociants clubistes dont nous parlons professaient, en avril 1848, un culte si fervent pour la blouse de l’ouvrier, qu'ils voulaient tous que leurs garçons de magasin fussent nommés officiers de la garde nationale; nous avons entendu plus d’une fois ces derniers décliner les honneurs qu’on absolument leur accorder. (p. 32).

    ARRONDISSEMENT (Club démocratique du 3e), rue du Gros-Chenet, (salle de l’Ecole communale); fondé an mars 1848. Président Binoit; vice-président, Delorme; secrétaires, Lucas, Salamon; trésorier, Lemaître.

    Club innocent, bien que rouge et affilié à le Société des Droits de l’Homme; son président lisait chaque soir la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen devant trois portiers démocrates et deux savetiers socialistes. (p. 33).

    ARRONDISSEMENT (Club du 12e) dans une des salles de la mairie du 12e arrondissement; fondé en mars 1848. Président, Goulain (dit Jannet), chiffonnier. Réunion de chiffonniers on délire; on y fumait, on y buvait de l’eau-de-vie et on y parlait argot.

    Après la fermeture des clubs, la plupart des membres de celui dont nous parlons prirent l’habitude dc se réunir dans un établissement de la rue de Bièvre, près la place Maubert, où l’on débite à 80 centimes le litre, sous le nom de cognac, une affreuse liqueur qui, à ce qu'il paraît, charme agréablement le palais des chiffonniers démocrates.

    Nous recommandons à nos lecteurs la lecture du compte-rendu d'une des séances de ce club (tenue dans le local en question), inséré dans le journal l'Univers du 28 avril 1850.

    ARRONDISSEMENT (Club démocratique du 13e), rue Marcadet, à Montmartre; fondé en avril 1848. Président, Casimir Vermasse (dit Mitraille) vice-président, Bourdon.

    On croit à Paris et dans les province {sic} que le 13e arrondissement n’est autre chose que la mairie fantastique où se célèbrent les mariages de fantaisie. Des clubistes de barrières avaient fait du club de cet arrondissement (1er de la banlieue) un pandœmonium démocratique et social de la plus belle venue. Des délégués du club du 13e arrondissement parcouraient, en juin 1848, les cabarets mal famés des boulevards extérieurs, afin d’y recruter des soldats pour l’insurrection.

    Le président de ce club, un des écrivains de l’école politique née après la proclamation de la République, a rédigé plusieurs carrés de papier rouge aujourd’hui tout à fait oubliés, notamment M. Pipelet, la Sorcière républicaine, les Bohémiens dc Paris, etc. Ces journaux socialistes, révolutionnaires et terroristes, n'étaient guère achetés que par ceux auxquels ils paraissaient destinés, c’est-à-dire par la plus immonde canaille.

    Le citoyen Vermasse est mort en juin 1849, à l'Hôpital de la Charité, des suites d’une attaque de choléra. Les journaux rouges ont fait pour cet éminent publiciste une magnifique oraison funèbre.

    Le citoyen Bourdon, fondateur et rédacteur du journal l’Aimable Faubourien, s’est fait tuer en juin en combattant dans les rangs de l’insurrection.

    ARSENAL (Club de l'), rue de Lesdiguières, fondé en mars 1848. Président, Siméon Chaumier; secrétaire, Terron.

    On a peu parlé de ce club rouge, qui a pris, à ce qu’on nous assure, une part très active à l’insurrection de Juin. Nous connaissons de son président un roman très-intéressant La Tavernière de ta Cité.

    ARTISTES DRAMATIQUES (Club des), passage Jouffroy, 11; fondé on avril 1848. Président, Tisserant; membres dit bureau, Bignon, Rhozevil, Ludovic; secrétaire, Pierron.

    Ce club s’est fait remarquer par son excellent esprit. Le citoyen Bocage n’y obtenait pas même les succès négatifs auxquels on a donné le nom de succès d’estime; souvent lorsque la nuance de ses discours était par trop écarlate, la plupart des membres du club se permettaient d’appeler Azor.

    Le club des Artistes dramatiques avait choisi pour son candidat, lors des élections d’avril, M. Samson, artiste distingué dont on aime à louer le noble caractère, après avoir applaudi le talent dont il fait preuve chaque soir sur notre première scène. M. Samson s’exprimait ainsi lors de la dernière séance annuelle de l'association des Artistes dramatiques.

    « Partout à côté des douleurs réelles il y a des douleurs factices beaucoup plus bruyantes. Si des associations pareilles à la nôtre se répandaient sur une plus grande partie du sol, elles feraient bientôt connaître les unes et les autres. La paresse et l'incapacité, ces deux grands agitateurs publics, n’auraient plus la ressource de se cacher dans la foule. Est-il juste de vouloir transformer la pouvoir en une providence chargée de nous verser une manne incessante? Faut-il toujours l’accuser et le punir de nos misères? Avant de nous adresser à lui, adressons-nous d’abord à nous-mêmes, à nos propres ressources; ayons notre budget comme 1’Etat a le sien...’

    Voilà, certes, de nobles paroles et qui ne seraient pas déplacées à la tribune de l'Assemblée nationale. (pp.36-8).

     

    BARRICADES DU 24 FEVRIER (Club des), rue Neuve-Saint-Laurent (salle de l'école communale); fondé on mars 1848. Président, Emmnanuel Barthélemy.

    C’est à ce club que s’applique le passage suivant d’un article du Journal des Débats du 2 juillet 1848:

    «A cette armée vague, confuse, indéterminée et indisciplinée encore l’agitation, il faut ajouter les renforts que la République, en s'épurant et en se régularisant devait y verser d'abord la bataillon des Barricades. A la suite de la Révolution de Février, au milieu des appréhensions de la victoire, et dans la crainte d'un retour offensif de la monarchie, il s'est formé un corps chargé d'étudier la formation des barricades, leur disposition militaire, leur inclinaision, les points stratégiques où elles devaient s'elever, et se relier entre elles dans toutes les rues, sur toutes les places et à toutes les barrières. Une carte de forts détaché, à l'aide des pavés, et à l'intérieur de Paris, fut dressée, montée, enseignée à une compagnie d'hommes qui avaient presque tous passé par le baptême de l'émeute; mais le danger dissipé, cents compagnies furent dissouts: au lieu de de se disperser, elle resta organisée, et passa toute entière dans le parti de l'insurrection » (p. 47).

     

    [LE CLUB DES CLUBS]

    Pour la régularité du service, les lettres adressées au Président de la commission du Comité révolutionnaire seront mises, cachetées, dans une enveloppe portant le nom du citoyen Longepied, rue de Rivoli, 16.

    Le Comité Révolutionnaire avait adopté comme exposé de ses principes, la Déclaration des droits de l’homme, présentée à la Convention par Maximilien Robespierre. Quelques délégués, notamment M. Gauthier de Claubry et ceux des clubs de l’Union Fraternelle et des Halles, s'étant permis quelques observations à propos des articles 6 et 38, furent invités à donner leur démission. Les amis républicains ne laissent jamais échapper une occasion de prouver leur profond respect pour la liberté de ceux qui ne sont pas de leur avis.

    L’impression à 3,000,000 d’exemplaires de cette fameuse déclaration fut votée à l’unanimité. Les délégués furent en outre invités à signer l’engagement de la défendre envers et contre tous. Nous avons eu sous les yeux les cahiers qui renferment ces signatures, et ce n’est pas sans éprouver un vif sentiment de peine que nous en avons remarqué quelques-unes que nous ne nous attendions pas à trouver en aussi mauvaise compagnie.

    Les séances du club avaient lieu, de midi à trois heures, afin que les délégués pussent rendre compte, le soir même, à leurs clubs respectifs des travaux de la journer.

    Les membres du bureau du Club des Clubs avaient chez les citoyens Lamartine et Ledru-RoIlin leurs grandes et petites entrées. C’était à ces hommes que les dictateurs d’alors avaient confié le soin si délicat d’éclairer les nouveaux électeurs sur l’importance des devoirs qu’ils se trouvaient appelés à remplir.

    Le Club des Clubs, comme du reste toutes les associations démocratiques, cherchait à agir sur l’esprit de l’armée, à semer dans ses rangs la démoralisation et l’indisicipline. Nous donnons place ici à deux pièces qui nous paraissent curieuses, non seulement par ce qu’elles renferment, mais encore par les noms dont elles sont signées. (p. 63)

    Les membres dirigeants du Comité central électoral, tenaient des séances dans les divers arrondissements de Paris et les principales localités de la banlieue; celles qui avaient lieu rue Saint-Honoré (salle Valentino), sous la présidence du citoyen Patorni, avocat à la cour d’appel, étaient les plus suivies.

    Rien n’était plus risible que l’éloquence du président Patorni; il avait contracté la singulière habitude de chanter à la tribune la romance de Béranger intitulée les Souvenirs du Peuple; mais l’enthousiasme était si grand en faveur du neveu de notre grand empereur, que ces ridicules facéties étaient chaque soir vigoureusement applaudies.

    Les citoyens A. Legallois et Hippolyte Bonnelier étaient les orateurs ordinaires des réunions napoléoniennes; le premier est un très-singulier socialiste dont nous disons quelques mots à l’article Club de la Montagne (rue Frépillon). A propos du second, nous avons imprimé ce qui suit dans une publication précédente:

    « Le citoyen Hippolyte Bonnelier homme de lettres, auteur de plusieurs romans d’un mérite douteux, ancien sous-préfet à Compiègne, ex-comédien du second Théàtre-Français, où il débuta sous le nom de Max, et décoré de juillet, s’était fait, après la proclamation de la République, une assez singulière spécialité doué d’un organe sonore et de l’éloquence à périodes ronflantes mais dépourvue d’idées que les masses applaudissent avec un si vif enthousiasme, il promenait l’un et l’autre de club ou club, dénigrant aujourd’hui ce qu’il avait loué hier. Nous avons tour-à-tour entendu ce citoyen au club Blanqui, au club démocratique du faubourg Montmartre, au club des femmes, etc., etc. Son éloquence cosmopolite se fit surtout applaudir dans les réunions du Comité électoral napoléonien?

    Nous avons entendu le citoyen H. Bonnelier, dans une des séances du Comité central, à la salle Valentino, appliquer ces mots à madame la duchesse de Berry: «Cette femme dont la robe était mal attachée.» A ce moment-là, le citoyen H. Bonnelier avait sans doute oublié qu’il avait été le lecteur ordinaire de cette princesse, et que plus d’une fois, il avait eu à se louer de sa générosité. »

    A propos de ces quelques lignes, le citoyen H. Bonnelier nous a fait menacer, par tous les journaux, d’un procès en diffamation dont nous attendons encore les résultats. Dans sa note adressée aux Journaux, le citoyen H. Bonnelier affirme que jamais il n’a fait partie de la maison de Madame la duchesse de Berry. Nous lui donnons ici, de notre plein gré, acte de sa réclamation; nous pouvons avoir été induit en erreur par des renseignements inexacts. A part cette exception, nous maintenons tout ce que nous avons avancé. (pp. 75-76)

    [COMPAGNONS DES DEVOIRS RÉUNIS (CLUB DES)]

    De tous les clubs qui s’organiseront à Paris après la proclamation de la République, et qui tous prétendaient représenter les travailleurs, celui-ci était à peu près le seul qui fût exclusivement composé d’ouvriers. Nous n’y avons jamais entendu applaudir ces discours violents qui alors étaient à la mode; les ouvriers y discutaient paisiblement; ils y examinaient les moyens qui leur paraissaient de nature à améliorer leur position sans spolier personne. Un individu s’y étant un jour permis de vociférer en faveur du régime de 1793, déclarant qu’à Paris seulement il fallait faire tomber dix mille têtes, des huées universelles protestèrent contre ses odieuses paroles. On ne s’en tint pas là; l’orateur, saisi par les assistants, fut conduit à la Préfecture de police. L’œuvre si utile et si fraternelle de la réconciliation de tous les devoirs depuis longtemps entreprise par M. Agricol Perdiguier, qui depuis... (mais alors il n’était pas représentant du peuple), dut en grande partie son succès aux efforts de ce club. (p. 80)

    [CLUB CENTRAL DE LA SOCIETE DES DROITS DE L’HOMME]

    Le citoyen Bonnefond (séance du 20 mars) veut que l’on destitue tous les officiers supérieurs de l’armée; ces officiers, suivant lui, ne doivent leurs grades qu’à des bassesses. La proposition du citoyen Bonnefond, qui n’a jamais servi que dans les compagnies de discipline, est adoptée à l’unanimité.

    Le citoyen Taxil (séance du 12 mars) propose la mise hors la loi des deux cent vint-cinq députés satisfaits. Chacun doit pouvoir leur courir sur comme sur des bêtes fauves. La proposition n’est pas adoptée dans les termes proposés; la Société des Droits de l’Homme veut bien ne mettre hors la loi que ceux de ces députés qui auraient l’audace de vouloir faire partie de l’Assemblée nationale.

    Le citoyen Garat (séance du 2 avril) veut que l’on entoure d’une sorte de cordon sanitaire les maisons habitées par des riches, et qu’on en laisse les habitants mourir de faim. La proposition est mise aux voix, et rejetée par une faible majorité.

    Le citoyen Napoléon Lebon, depuis représentant du peuple, (séance du 3 avril) termine un long discours par ces mots significatifs « Nous avons des besoins impérieux à satisfaire, eh bien! qu’on prenne où il y a, n’importe où. »

    Le citoyen Denier (séance du 6 avril) fait la proposition suivante: « Attendu que les maisons ne sont que des tas de pierres plus ou moins bien disposées; que les pierres ne peuvent se manger, et qu’elles n’ont de valeur que par leur produit., les locataires devront dorénavant verser leurs loyers au Trésor public." Adopté.

    Le citoyen Brusselles, courtier d’assurances, (séance du. 7 avril) se propose comme candidat à la représentation nationale; il invoque comme un titre à la confiance de ses concitoyens ses liaisons intimes avec l’assassin Alibaud. La candidature du citoyen Brusselles est prise en considération.

    Le citoyen Frédérich (séance du 11 avril) propose d’Ecraser tous ceux qui ne partagent pas les principes de la Société des Droits de l'Homme.

    Très-souvent au club central de la Société des Droits de l’Homme, le ridicule venait faire oublier l’atroce. Deux exemples seulement: Un maître cordonnier de la rue Saint-Louis, au Marais, le citoyen Hubert (séance du 10 mars) vient se plaindre de l'ex-préfet de police M. Gabriel Delessert, qui, à ce qu’il assure, le fait continuellement tourmenter par des lutins et des farfadets.

    Le citoyen Duvivier (séance-du 4 mars) expose sur le communisme des idées qui sont très-applaudies, et termine un long discours par cette conclusion inattendue: « Pour mettre nos doctrines en pratique et accepter franchement leurs conséquences, les hommes parvenus à l’âge de trente ans sont trop corrompus par les anciennes mœurs, trop endurcis, trop encroûtés dans l’ancien système, on ne saurait déraciner chez eux des habitudes invétérées et qui sont passées à l’état de seconde nature. Il faut que ces hommes disparaissent de la société pour qu’elle soit régénérée. il est indispensable, en un mot, de supprimer les hommes de trente ans et au-dessus. Ceux qui sont dévoués à nos principes, qui en veulent sérieusement le triomphe, doivent donc prendre une généreuse initiative en sortant volontairement de la vie et s’immoler en philosophes pour assurer la régénértion du monde et le bonheur de l’humanité. » (pp. 115-116)

    [CLUB DE L’ÉMANCIPATION]

    Au club de l’Émancipation qui devait devenir plus tard une pépinière de représentants du peuple, d’agents diplomatiques, d’hommes d’Etat en expectative et d’écrivains politiques , on rencontrait tout ce que Paris renferme de chevaliers d’industrie, de grecs, de souteneurs de lorettes, de commerçants tarés, d’hommes d’affaires marrons; ces gens-là, pour obtenir n’importe quoi, se poussaient les uns les autres, montaient sur les épaules de tous ceux qu’ils trouvaient devant eux, ils se pressaient dans toutes les antichambres, bloquaient toutes les issues ; ils parlaient sans rougir de leurs vertus civiques, de leur probité, de leur désintéressement.

    Afin de justifier le nom qu’ils s’étaient donné, les émancipateurs des peuples s’occupaient beaucoup de politique étrangère; chaque soir les citoyens Sully-Léris et Dreyfus refaisaient, dans la salle du bal d’Antin, une nouvelle carte de l’Europe. (p. 127)

     

     

    ÉMEUTE REVOLUTIONNAIRE (Club de 1’), rue Mouffetard, 69, fondé en mai 1848. Présid. Palanchon. Voici ce qu’écrivait Robespierre au bon temps des fusillades, des noyades, de la guillotine et des assignats:

    « D’où viennent les dangers? Des bourgeois. Quels sont nos ennemis? Les riches. — Quand l’intérêt dos riches sera-t.-il confondu avec celui du peuple ? JAMAIS.

    « Qui retarde l’instruction du peuple? les écrivains, qu’on doit « proscrire comme les plus dangereux ennemis de la patrie.

    « Que faut-il?

    « Il faut que l’insurrection continue.

    « Il faut que le peuple s’allie à la Convention, et que la Convention « se serve du peuple. Il faut que les Sans-Culottes soient payés et restent dans les villes.

    « Il faut leur procurer des armes, les COLERER et les éclairer.

    « Il faut exalter l’enthousiasme républicain par tous les moyens « possibles. »

    Partant de ce point que tous les maux dont souffre la société viennent des bourgeois, des riches, des propriétaires, comme on voudra nommer tous ceux qui possèdent on qui ont l’espérance d’acquérir quelque chose, le club de l’Emeute révolutionnaire, un des plus ridiculement atroces de la capitale, avait pris pour évangile ces paroles du grand Lama des révolutionnaires; mais heureusement, tout en désirant beaucoup, il ne pouvait guère.

    Le bureau de ce club était composé d’un président émeutier (le docteur Palanchon, coin promis en 1836 avèc Blanqui, Sobrier et autres grands hommes de la démocratie militante, dans l’affaire dite des poudres), de deux vice-présidents vice-émeutiers, de deux secrétaires-révolutionnaires, d’un trésorier-insurgé et d’un archiviste professeur de barricades. Ces citoyens se coiffaient, pour siéger, de bonnets écarlates.

    A la fin de chaque séance, les Emeutiers révolutionnaires entonnaient en chœur la fameuse chanson dont voici le refrain:

    Chapeau bas devant ma casquette,

    A genoux devant l’ouvrier. (p. 130)

     

    HOMMES LETTRÉS (Club des) à l'Ecole de Médicine, fondé en avril 1848. Président P.-E. Laviron, tué à Rome en combattant contre l'armée française; vice-président Vigroux, Lachambeaudie le fabuliste; secrétaires L.-C. Grillet, Gustave Bonnin. (p. 163)

    IBÉRIQUE (Club démocratique), rue Saint-Jacques, 254, (salle de l'Institute nationale des Sourds-Muets), fondé en mars 1848, Président Bruno Vidal.

    Nous ne connaissons de ce club que les deux pièces qui suivent: la première est une convocation à un service funèbre; la seconde est une adresse des démocrates espagnols au peuple de Paris.

    SERVICE FUNÈBRE EN MÉMOIRE DES ESPAGNOLS

    Morts pour la cause de la liberté

    I.

    Depuis la proclamation de la constitution de Cadix on 1812, ce pacte fondamental des libertés espagnoles, jusqu’à la dernière révolution de mars, notre patrie compte de nombreux et héroïques martyrs, morts pour la sainte cause de nos libertés.

    Glorifions leur mémoire! Nous leur devons l’esprit de liberté, qui enflamme nos coeurs et qui agite notre pensée.

    Réunissons-nous au pied de l’autel, prions pour eux et pour notre prochaine délivrance.

    Convions à cette solennité nos frères de la Péninsule, les Portugais, nos frères des Amériques et tons les membres des différents peuples qui se trouvent à Paris.

    II.

    Au Peuple français.

    Et toi, peuple héroïque de France, aux larges sentiments démocratiques, unis-toi à nous pour célébrer ce jour! Naguère tu as encore une fois répudié, de la manière la plus éclatante, la politique des familles princières qui surent, dans leur intêrét personnel, soit par les armes, soit par la Corruption, comprimer l’élan de notre patriotisme.

    Etrange spectacle ! — L’Espagne, cette soeur ainée de la France, qui, la première, s’était déclarée l’aillée de la République française et avait versé son sang pour elle, l’Espagne a été le seul pays qui a ou à souffrir dans ses sentiments de fraternité pour le peuple français.

    Les intérêts dynastiques des trois dernières couronnes des Tuileries ne pèseront plus sur I’Espagne.—Le PEUPLE FRANÇAIS est là; il veille armé, dans sa puissance et dans sa force, au salut de la liberté du monde!

    Aussi les peuples de France et d’Espagne sont-ils fraternellement unis pour toujours.

    III.

    Le peuple de Paris étant aujourd’hui organisé, soit dans les clubs, soit dans les légions de la garde nationale, les Espagnols seront heureux de trouver dans leurs rangs mardi prochain 11 avril, au service funèbre de la Madeleine, des députations des clubs avec leurs drapeaux, et des citoyens de la garde nationale.

    IV.

    La réunion aura lieu aux abords de la Madeleine, à dix heures et demie; le service sera fini à onze heures et demie.

    La réunion se rendra ensuite au boulevard Bonne-Nouvelle. Une oraison funèbre en l’honneur des martyrs de la liberté espagnole et du monde entier sera prononcée dans la salle Bonne-Nouvelle par un membre du clergé de Paris.

    On se rendra ensuite à la colonne de juillet pour rendre hommage aux martyrs des libertés françaises.

    V.

    Les drapeaux de la cérémonie seront les suivants:

    Drapeau de la démocratie espagnole;

    Drapeau de la démocratie portugaise;

    Drapeau de la fédération ibérique:

    Et les drapeau des autres nations qui se réuniront aux démocrates espagnols. (pp. 169-70)

    INSTITUTEURS, INSTITUTRICES ET PROFESSEURS SOCIALISTES (Association fraternelle des) , rue de Breda, 21, fondée en 1849. Président, Lefrançois; présidente, Pauline Roland, ; secrétaire Pérot..

    Cette espèce de club s'est constitué en commission exécutive; il devait faire beaucoup, il ne fit rien. (p. 172)

     

    MONTAGNE (Club de la), rue Frépillon, 4, fondé en mars 1848. Président, Abbé Constant; vice-présiaent, A. P. Legallois; sécrétaire Mme Constantt; trésorier, Maurice Valette ; mèmbres du bureau Léonard Gallois, Aug. Barzilay, Alfred Bougeart. Agathon Bougiclis, Louise Collé (née Rêvoil), Ganeau (dit le Mapah), Jean Journet, Alplionse Esquiros, Adèle Esquiros (née Battanchon), Constant Hilbey, ouvrier tailleur, J-B. Girard.

    Réunion de bas-bleus crottés, de fous socialistes et de démocrates de ruisseau, qui siègeaient dans la salle enfumée d’un marchand de vin, devant des tables couvertes de nappes maculées, entre des pots de vin bleu et des pipes culottées. Dans la salle du club de la rue Frépillon, les cinq sens étaient à la fois également blessés on y buvait du vin détestable et de l'eau de vie frelatée, on y respirait les odeurs les plus nauséabondes; il fallait, une fois qu’on était entré dans ce lupanar démocratique et social, se résigner à entrendre des théories et des déclamations contre la société qui auraient trouvé des contradicteurs au bagne de Brest. ‘Les assistants, à quelques rares exceptions près, étaient couverts de ces haillons sordides, qui ne sont pas la livrée de la pauvreté honnête et laborieuse, mais bien celle de la débauche ignoble.

    Nous avons entendu le citoyen abbé Constant prononcer dans son club ces atroces paroles: Nous ferons bouillir le sang des aristocrates dans les chaudières de la Révolution et nous en ferons du boudin pour rassasier les proletaires affamés.(p. 183)

     

    [SOCIÉTÉ CENTRALE RÉPUBLICAINE]

    Cette affiche, qui ne portait pas de nom d’imprimeur, avait été rédigée par le docteur Lacambre; elle explique la sombre colère à laquelle étaient en proie les séides du citoyen Blanqui; ils venaient de subir un premier échec.

    Crousse ouvrit la séance:

    « Nous représentons, dit-il, la République et la Révolution, nous sommes tous d’anciens détenus politiques. La cause pour laquelle nous avons cent fois risqué notre vie et notre liberté triomphe: c’est à NOUS de diriger la République que nous avons faite. Si nous ne nous emparons pas du pouvoir dans ce premier moment d’hésitation qui nous le livre, il nous échappe à jamais.

    « Le drapeau rouge que nous avions placé sur le Pont-Neuf est tombé de la statue de Henri IV. Il est tombé à la voix de Lamartine, un poëte royaliste hier, et qui aujourd’hui vient de se réveiller républicain. Le pouvoir est la proie des hommes du National, des eunuques impuissants qui perdront la République si nous les laissons faire. Il faut la sauver en nous mettant à leur place. Cela est facile; nous sommes tous armés, accoutumés depuis longtemps aux coups de main; les hommes de l’Hôtel-de-Ville n’ont pu réunir autour d’eux aucune troupe. Tout nous protège, notre audace et les ténèbres de la nuit!» (p. 213)

    LE CLUB DE LA REVOLUTION

    Un soir (séance du 24 mars) le club de la Révolution émet à l'unanimité ce voeu: «Que l'imprimerie nationale de Paris et toutes les imprimeries des départements soient mises à la disposition des travailleurs candidats à la réprésentation nationale, pour l'impression de leur profession de foi; les droits de poste devront être supprimés jusqu'après les élections, quant à ce qui regarde ces mêmes professions de foi»

    Le club de la Révolution (séance du 9 avril) invite le gouvernement provisoire «1o à s'emparer de la Banque de France, qui ne peut rendre, en l'état actuel des choses, les services qu'il faut exiger d'elle; 2o à s'emparer des compagnies d'asssurances; 3o à s'emparer de tous les chemins de fer; 4o à s'emparer des mines et des salines; 5o à s'emparer enfin de tous les canaux; 6o le gouvernement provisoire est invité en outre à créer immédiatement un papier-monnaie ayant cours forcé» (pp. 228-9)

    Apès le 15 mai, les édifices publiques ayant été retirés aux clubs, celui de la Révolution se vit forcé, comme les autres, à tenir ses séances tantôt dans un lieu, tantôt dans un autre; le 28 mai il invitait ses membres à se rendre rue de Rambuteau, 54, chez un citoyen Furet, pour y délibérer sur d'importantes questions relatives aux prochaines élections. (p. 231)

    SALUT DU PEUPLE (Club du). rue Saint-Lazare, 106, fondé en mars 1848. Président, Mathurin Rousseau; vice -présidents, Prosper Guérin, Roza; secrétaire, Auzouer; secrétaire-adjoint, B. Blanc.

    Rouge.

    M. de Larochejacquelin, appelé dans ce club à l’occasion de sa candidature, s’est entendu adresser la question suivante:

    Dans le cas, peu redoutable, où un prétendant au trône se présenterait à la France, que feriez-vous? parleriez-vous, agiriez-vous, marcheriez-vous contre lui, quand même ce prétendant s’appellerait Henri V? »

    M.de Larochejacquelin a répondu:

    «Oui! s’appelait-il Henri V. Je ne reconnais et nul ne doit reconnaître aujourd’hui d’autre souveraineté que la souveraineté du peuple, et je déclare que je serai hautement et énergiquement contre tout prétendant qui voudrait attenter à cette souveraineté»

    SALUT PUBLIC (Club du), commerce véridique, rue de la Douane 5, fondé en juin 1848. Président, Arthuur de Bonnard, l’épicier véridique; fondateurs, Junius Hamel et Legenvre.

    Ce club, rouge et communiste, avait pour organe le journal le Salut social, Moniteur du commerce véridique, Journal des Droits de l’homme, rédigé par les opprimés, une feuille imprimée sur papier rouge, dans laquelle nous lisons ceci;

    « En fait de révolution , je sais ce que personne ne sait je suis le grand révolutionnaire, le révolutionnaire par excellence, le seul révolutionnaire sérieux qui ait apparu dans le monde depuis Jésus-Christ … Le Christ n’est venu sur la terre que pour préparer mon arrivée; les nations m’attendent depuis dix-huit siècles; rien de bon ne peut être fait on dehors de la marche que je veux bien indiquer au peuple. »

    L’auteur de ces lignes est le Junius Hamel.Brutus fer Rouge Robespierre pacifique, dont nous avons déjà parlé plusieurs fois.

    SERVANDONI (Club), dans une des chapelles souterraines de l’église Saint-Sulpice, fondé en avril 1848. Président, Cazelle.

    République modérée. (p. 238-9)

    2. Garnier-Pagès, Histoire de la Révolution de 1848, Paris, Pagnerre, 1861-1862, 8 vols (En cours de préparation)

  5. FEMMES

1. La voix des Femmes, 28 mars 1848, (Voir A. Cento, Il realismo documentario nell' «Education Sentimentale», Napoli, 1967, pp. 210-211).

2. Les Vésuviennes ou la Constitution politique des femmes (Voir A. Cento, Il realismo documentario nell' «Education Sentimentale», Napoli, 1967,

p. 215)

3. L’Opinion des femmes (En cours de préparation)

4. Alphonse Lucas, Les Clubs et les clubistes, Paris, E. Dentu, 1851.

 

1. La voix des Femmes, 28 mars 1848

Hier matin, à onze heures et demie, une légion de jeunes ouvrières, proprement vêtues, et ayant une tenue admirablement décente, se réunissait place Vendôme, au pied de la colonne; au milieu d’elles on voyait flotter une belle bannière aux couleurs nationale [sic], sur laquelle on lisait en lettre [sic] d’or, ce seul mot: Vésuviennes.

C’était une légion de jeunes femmes de 15 à 30 ans, pauvres travailleuses déshéritées, qui s’organisent en communauté, dans le but d’améliorer leur sort. Leurs règlemens sont sévères. La nourriture et le logement sont assurés à chacune. Chaque vésuvienne recevra 10 francs par mois. Leur première communauté s’organise, dit-on, à Belleville. A midi, la légion s’est mise en marche, observant le plus grand ordre, et s’est rendue par les quais de [sic] l’Hôtel de Ville, demander aide et protection au Gouvernement provisoire.

Nous trouvons l’oeuvre des Vésuviennes digne de toutes nos sympathies; mais pourquoi ce nom de vésuviennes? leur jeunesse, leur dévoûment [sic] à la cause publique l’autorise, l’intérêt général le commandait-il?

2. Les Vésuviennes ou la Constitution politique des femmes (Voir A. Cento, Il realismo documentario nell' «Education Sentimentale», Napoli, 1967, p.215)

Les Vésuviennes ou la Constitution politique des femmes

Tout femme née et domiciliée en France, âgée de 15 ans accomplis;

Tout étrangère, âgé de 15 ans accomplis, qui domiciliée en France, épouse un Français ou adopte un vieillard;

Est admise à l’exercice des droits de citoyenne française.

3. L’Opinion des femmes (En cours de préparation)

4. Alphonse Lucas, Les Clubs et les clubistes, Paris, E. Dentu, 1851.

La plus vilaine moitié du genre humain était représentée au Club des Femmes par les citoyens: Paulin Niboyet, Malatier, Moïse Alcan, J. Bachellery, Em. Cambrolle, abbé Constant, Josephe Dejaque, Emile Deschamps, P. Hawke, Junius Hamel (dit .Brutus fer rouge, Robespierre pacifique), Th. Labourieu, Pierre Lachambeaudie, Chatel, primat des Gaules; V. Boussy, Emile Souvestre, Hippolyte Bonnelier, Olinde Rodringez. Ceux d’entre ces citoyens qui n’étaient pas forcés de rester à la maison afin d’y soigner les enfants et d’y préparer le souper, tandis que leurs mères, leurs femmes ou leurs soeurs clubaient, devaient garder les socques, les cabas et les tartans des citoyennes clubistes.

Nous l’avouons, non sans honte, nous avons conservé du Club des Femmes un très-agréable souvenir, nous y avons passé les plus délicieuses soirées qui se puissent imaginer, et ce n’est pas sans éprouver un vif sentiment de regret que nous avons vu la police du citoyen Caussidière prendre un certain soir la résolution de fermer le gynécée émancipateur du boulevard Bonne-Nouvelle.

Le citoyen Caussidière, puisqu’il faisait, comme chacun sait, de l’ordre avec le désordre, aurait dû, ce nous semble, accorder une protection toute spéciale au Club des Femmes, qui lui aurait fourni une somme raisonnable d’éléments à sa convenance: il est difficile, en effet, de se faire une idée du tapage effroyable, des cris incohérents qui accompagnaient les prédications des citoyennes clubistes. Les motions de ces dames provoquaient des interpellations d’une joyeuseté inimaginable. Un certain soir, les becs de gaz furent subitement éteints, et il se passa dans la salle du club des choses passablement excentriques. Une autre fois, les dames clubistes furent attendues sur le boulevard par une bande d’individus discourtois qui administrèrent à la citoyenne Niboyet et à quelques-unes de ses acolytes, une correction redoutée des très-petits enfants.

Une dame de. Saint-Marc quelconque (la dame de Saint-Marc exerce à Paris la profession d’agent matrimonial) engageait dernièrement un jeune célibataire très-raisonnable à épouser un bas-bleu inscrit depuis longtemps déjà sur sa liste des demoiselles à marier.

— C’est une nature d’élite, disait l’émule de la dame Saint-Marc; de l’esprit jusqu’au bout des doigts! elle est femme de lettres!! ! Diable! répondit le jeune homme à marier, j’aimerais mieux qu'elle fût femme de ménage !...— Elle fait admirablement les vers. — j'aimerais mieux qu’elle les rinçât... — Mais, Monsieur, c’est une femme qui ira à la postérité!... — l’aimerais mieux qu’elle allât au marché!

Ce n’est, certes, pas au Club des Femmes que le jeune célibataire dont nous venons de parler serait allé chercher une épouse à sa convenance, il aurait trouvé là sans doute beaucoup de femmes aux doigts tachés d’encre, une infinité d’Egérie, quelques Sapho; mais il est certain qu’il y aurait vainement cherché ce qu’il parait estimer par-dessus tout, une femme de ménage, une de ces femmes qui gardent la maison et filent de la laine.

Disons quelques mots de celles de ces citoyennes dont les noms, à coup sûr, seront écrits dans les Annales démocratiques et sociales: et d’abord commençons par la présidente du club, la citoyenne Eugénie Niboyet.

Les femmes très-fortes de la Démocratie militante, les Jeanne Deroin, les Désirée Gay et autres Pauline Roland, trouvent la citoyenne Niboyet assez avancée en âge, mais très-arriérée au point de vue politique; cependant, il y a longtemps dejà qu’elle préche l’éducation démocratique et sociale du beau sexe. Un des spirituels réactionnaires de notre époque, M. de Lavarenne, s’exprime ainsi sur le compte de la citoyenne Niboyet:

« Quelques beaux esprits sans emplois ouvrirent dans les salons du ministère de l’intérieur des cours de propagande politique, qui se changèrent plus d’une fois en mêlées furibondes. Les femmes fortes de l’école de Georges Sand venaient y faire leur partie, et j’ai entendu ces anges femelles du socialisme développer les théories qu’elles perlèrent plus tard dans les banquets au rabais. Une certaine madame Niboyet était la plais enragée clubiste de ces réunions ministérielles. Cette Jeanne d’Arc aux bas bleus, qui a depuis longtemps renversé as marmite, poursuivait dans tous les coins l'infortuné Ledru-Rollin, pour lui prêcher l’éducation démocratique et sociale du beau sexe. Elle voulait que le ministre fit les frais d’un Journal intitulé le Bonnet rouge, dont elle espérait un immense succès, attendu qu’elle y mêlerais l’agréable et l’utile, l’art de faire des cornichons à celui d’élever les enfants, suivi d’un nouveau moyeu de regarder les feuilles & l’envers, que Ledru-Rollin ne voulait pais vérifier.

<< Cette excellente Mme Niboyet datait de fort loin sa première apparition dans la république des femmes libres, il y avait un temps infini qu’elle s’était écriée que le moule du vieux monde était brisé, et qu’elle s’efforçait inutilement de faire accepter le sien. On cite, parmi ses oeuvres incomprises, une comedie de ménage intitulée le Protectleur, qu’elle mit jadis au jour avec la collaboration d’un certain N. Lurine.... la pièce tomba sous les sifflets.

La citoyenne Jeanne Deroin, lorsqu’elle n’est pas détenue à Saint-Lazare, est visible tous les jours, de cinq à sept heures de relevée, à l’Association fraternelle des garçons limonadiers, rue du Roule-Saint-Honoré. Elle n est pas belle, elle n’est plus jeune; ses allures sont celles d’une virago; elle est quelquefois flanquée d’un mari dont elle ne porte pas le nom, qui l’admire sur parole et qui se croit très-honoré lorsque dans ses bons jours elle veut bien lui donner un canard. Elle exerce à la fois les professions de journaliste, de lingère et d’institutrice; elle a fondé en 1848 une infinité de journaux rouges qui n’ont jamais paru plusieurs jours de suite. Elle a prononcé dans les banquets démocs-socs des discours échevelés dont les frères et amis eux-mêmes ont pris la liberté grande de se moquer. Elle s’est posée elle-même comme candidate, et elle n’a jamais obtenu qu’une seule voix, celle de son infortuné mari. En définitive, elle s'est fait dernièrement condamner à plusieurs mois de prison pour avoir conspiraillé, rue Michel-le-Comte, avec des blanchisseuses et un architecte.

A côté de Jeanne Deroin, et sur la même ligne, brille la citoyenne Pauline Roland, une des adeptes les plus enthousiastes du citoyen Pierre Leroux; ce grand homme que ses disciples eux-mêmes ne comprennent pas. La citoyenne Pauline Roland manie la plume la plus infatigable qui jamais ait pris place entre les doigts d’une républicaine; c’est par quintaux qu’elle envoie aux journaux rouges des manuscrits qu’ou n’imprime pas toujours, et que le public s’obstine à ne jamais lire. La citoyenne Pauline Roland se donne la qualité d’institutrice, mais nous croyons que peu de mères approuveraient les leçons qu'elle est capable de donner à de jeunes filles. Lors d’un procès récent dans lequel elle se trouvait compromise, aujourd'hui socialiste, et qu’en conséquence elle réprouvait complètement l’héritage et le mariage; que, fidèle à ses principes, elle n’avait jamais voulu avoir d’époux, mais qu’elle était la mère de trois bâtards.

La demoiselle Henritette est une des notabilités du temps du Gouvernement provisoire. Qui ne se rappelle ce nom Henriette, artiste, placé au bas d’articles destinés à populariser les doctrines du citoyen Olinde Rodriguez!

Le citoyen P.-J. Proudhon écrivait en ce temps-là à la Citoyenne Henriette a. Eh! citoyenne, allez ravauder vos bas et écumer le pot. » Deux années se sont écoulées depuis lors, et voici que l’artiste Henriette reparaît sur l’horizon.

Elle est visible chaque soir sur le boulevard Poissonnière, tenant une case à filets, et dans cette cage, de pauvres hirondelles se pressent les unes contre les autres.

De temps ce temps, elle crie aux passants « Rendez la liberté aux hirondelles,—pour deux sous! »

La citoyenne Constant est l’épouse d’un prêtre défroqué, le citoyen abbé Constant; elle écrit à l’heure qu’il est pour le Moniteur du soir, sous le pseudonyme de Claude Vignon, des feuilletons artistiques.

Nous ne voulons rien dire des autres citoyennes qui composaient le club des Femmes; nous sommes convaincus quc ces dames, à l’heure qu’il est, regrettent beaucoup les scandales qu’elles ont provoqués.

Pour être admis aux séances du club des Femmes, il fallait débourser un franc.

Le club des femmes avait pour organe la Voix des Femmes, journal socialiste et politique, organe des intérêts de tous et de toutes; il se criait dans les rues avec la Canaille, le Père Duchêne, [sic] la Guillotine, et autres carrés de papier, mais il ne se vendait pas. (Lucas, pp. 136-140)

FRATERNITÉ (Société de la), rue des Deux-Boules, 2, fondée en mars 1848. Président, Savary.

On serait grandement dans l’erreur si l’on s’avisait de croire que le communisme, dont depuis si longtemps on nous rebat les oreilles, forme un seul corps de doctrines. Il y a, sans compter les partisans des citoyens Raspail, Blanqui et Proudhon, les communistes égalitaires, fraternitaires, humanitaires, unitaires, les communistes icariens, les communistes purs, les matérialistes, les communionistes, les communautistes, les rationalistes, les babouvistes. Les fondateurs du club de la rue des Deux-Boules, appartenaient à la secte des communistes matérialistes.

En 1845 des ouvriers publicistes, la plupart cordonniers et plumassiers, fondèrent, sous ce titre la Fraternité, un journal destiné à propager les principes communautaires; nons extrayons de a profession de foi de ce journal les propositions suivantes:

«Le matérialisme doit être proclamé puisque c’est la loi invariable de la nature sur laquelle tout est basé, et que l’on ne peut la violer sans tomber dans l'erreur.

« La famille individuelle doit être abolie, parce qu’elle établit le morcellement des affections, rompt l'harmonie de la fraternité qui, seule, doit unir les hommes, et devient la cause de tous les maux qui peuvent les perdre.

« Le mariage doit être aboli, pare. que c’est une loi inique, qui rend escalave ce que la nature a fait libre, et constitue la chair propriété individuelle: rend par ce moyen la communauté et le bonheur impossibles, puisqu’il est constant que la communauté n’admet aucune espèce de proprieté. » (pp. 146-7).

VESUVIENNES (Club légion des), rue Sainte-Appoline, 14, fondé en mars 1848.

Ce club a fait annoncer son ouverture et la formation de la fameuse légion des Vécuviennes par l’affiche suivante, placardée sur les murs de Paris à un très-grand nombre d’exemplaires.

« Paris, 1er mars 1848.

« Le citoyen Borme fils, auteur de plusieurs machines de guerre lançant trois cents boulots ou paquets de mitraille à la minute, auteur du fou Grégrois, avec lequel on peut incendier et couler bas les flottes ennemies, autour d’un moyen avec lequel deux mille citoyennes peuvent lutter contre cinquante mille hommes ennemis,

« AUX CITOYENNES PARISIENNES

« Mes soeurs on République.

« Citoyennes,

« La République vous doit le quart de son existence, c’est par vos exhortations que vos pères, vos frères, vos amis, ont affronté la mitraille le 24 février.

« Vous avez mérité de la patrie, citoyennes, et c’est par cette considération que j’ai demandé au Gouvernement provisoire de vous enrégimenter, sous le titre de Vésuviennes.

« L’engagement sera d’un an; pour être reçues, il faut avoir quinze ou trente ans au plus et n’être pas mariées.

« Présentez-vous tous les jours de midi à quatre heures, 44, rue Sainte-Apolline, où vos noms, prénoms, professions, âges et demeures seront inscrits.

« Salut et Fraternité.

« Vive, vive et vive la République!

«Borme fils. » (Lucas, pp. 252-3)

5. Club de femmes en mars 1848

Lettre de Schlésinger fos 160-3 (Voir Cento, pp.221-5)

Club de femmes en Mars 1848.

Dans le mois de mars 1848, nous étions de garde, Boulevard Bonne-Nouvelle, lorsqu’un attroupement considérable se fit devant le bazar Bonne-Nouvelle près du Gymnase. Après informations nous apprîmes qu’il y avait ce soir-là Club de femmes dans le petit théatre qui s’y trouvait alors. Nous crûmes urgent d’y envoyer quelques députés sans armes et je fus du nombre. En y arrivant nous trouvâmes un très-grand nombre de femmes qui firent par leurs bavardages beaucoup de bruit. La présidente avec deux sécrétaires était assise devant une petite table, avec deux bougies, sur le théatre et ayant devant elle beaucoup de paperasses. Après avoir remué la sonnette il se fit avec peine un peu de silence; alors la Présidente se leva et dit d’un ton doctoral: « Mes soeurs, nous nous réunissons ici pour défendre le droit des femmes, chose si importante pour nous, mais avant de vous dire mes idées je voudrais bien savoir ce que vous pensez à ce sujet; c’est pourquoi j’invite les orateurs qui veulent se faire entendre à se faire inscrire au bureau. La foule de celles qui s’y rendirent fut si grande que l’on aurait cru que toutes sans exception voulaient parler. — La présidente alors pria ses soeurs de choisir 12 Déléguées parce que le temps ne permettait pas d’entendre tout le monde. Cela ne se fit pas sans des discussions très-vives, si bien que nous avions peur que ces Dames allaient se battre, enfin le silence se rétablit et alors une assez vieille femme se leva au parterre et s’écria: C’est épouvantable, vous avez choisi justement les moins capables, probablement parce qu’elles sont les plus huppées: moi qui ai étudié cette race indigne d’Etres qu’on appelle Hommes, je suis, je crois, la plus capable de donner des conseils utiles, mais vous m’avez mises [sic] de côté parce que je ne suis pas riche, on dirait vraiment que vous ne valez pas mieux que les hommes. — Un brouhaha de rires éclata alors de toutes parts, la vieille continuait toujours de crier, ou fut forcé de la mettre à la porte, mais sa résistance fut terrible. — Alors la Présidente se leva et dit: Mes soeurs, je dois vous prier de ne pas perdre un temps précieux, car il est déjà 9 heures et pour que chacune de nous puisse rentrer sans encourir les [justes cancellato] reproches de nos tyrans, il faut que tout soit terminé avant 11 heures. On tira au sort pour savoir laquelle des déléguées parlera la première, après quoi nous vîmes arriver une jeune et jolie personne très coquettement mise et qui dit:

Mes soeurs! quoique jeune, j’ai déjà beaucoup d’éxpérience — j’ai déjà eu dix adorateurs qui ont voulu m’épouser, mais je n ai pas voulu d’eux parce que ces monstres n’étaient épris que de ma dotte [sic] et non de mes qualités, pourquoi ne pas obliger les hommes comme les femmes de faire des mariages d’amour les femmes ne demandent pas mieux que d’épouser celui qui leur plait le mieux et même quand elle est obligée [sic] de travailler pour lui procurer son éxistence!...

Bravo! Bravo! elle a raison à bas les mariages d’argent... La seconde orateur [sic] fut une petite femme bossue, mais elle avait un air digne et paraissait très-spirituelle.

« Vous avez entendu les belles paroles de mon prédécesseur, dit-elle, mais je viens vous demander comment il faudrait s’y prendre pour forcer un homme de se marier avec l’une de nous, sauront-ils jamais aprécier [sic] nos qualités et voudront-ils prendre pour épouse, une pauvre bossue comme moi p. ex. — Ce n’est qu’à la longue qu’ils savent ce que nous valons. Je propose donc, que toute femme qui veut prendre mari, devra vivre au moins 6 mois en grande intimité avec celui qu’elle aime ou avec son futur, alors il n’y aura plus jamais

des mariages si malheureux et alors une pauvre bossue comme moi pourra même éspérer trouver un bon mari (applaudissements unanimes).

— Vint le tour d’une femme qui était grande et maigre — elle était habillée avec une négligence extrême, et les cheveux tout en désordre elle monta à la tribune et s’écria.

Que vous fait donc le mariage, mes soeurs, parlons de choses plus sérieuses, car en fait de mariages, vive les saints-simoniens [sic], où un mari qui n’est pas heureux avec sa femme est obligé de lui procurer un autre mari avant de la quitter, les enfants [des 2 liaisons] sont élevés ensemble et instruits suivant leurs dispositions naturelles. — (Bravissimos frénétiques) Oui, oui, elle a raison! Il faut penser à la place que les femmes ont droit d’occuper, car personne ne niera ici que les femmes ont plus d’esprit que les hommes, pourquoi donc les femmes ne peuvent-elles pas être auteurs et faire imprimer des livres, mieux que les hommes elles sauraient les écrire — mais les hommes sont ainsi faits qu’ils n’approuvent jamais ce que les femmes écrivent — pour changer cet état de choses il n’y a qu’un moyen, c’est d’établir un juri [sic] composé de 12 femmes et de 12 hommes qui seront chargés de lire tous les manuscrits inédits et d’en faire un rapport qui sera publié, c’est alors seulement qu’un ouvrage éstimable pourra se faire jour, et alors les libraires ne refuseront [sic] de faire imprimer quand une dame se présentera avec son manuscrit. C’est alors seulement que les femmes de talent se feront connaître et seront apréciés [sic] à la même valeur que les hommes — c’est justice — car voyez-vous p. ex. moi — vous savez toutes qu’on m’accorde un certain talent, j’ai déjà écrit 10 romans, eh bien, le croiriez-vous? je n’ai pas encore pu trouver un seul libraire qui voulut les publier — c’est l’injustice des hommes qui en est la cause — quoi faire? il faudrait établir des libraires femmes tout éxprès pour n’imprimer que les manuscrits des femmes, je suis sûr [sic] qu’elles feraient des affaires considérables — et les bénéfices pourraient être partagées [sic] entre toutes celles qui s’associeraient pour cette bonne oeuvre.

Ce discours provoqua des murmures. Alors une grande gaillarde monta à la tribune qui avait l’air très-éffrontée: Tout cela dit-elle a peu d’importance pour nous et se fera sans peine ci vous entrez dans mes vues. Les hommes ont fait des lois pour nous rabaisser et nous réduire à zéro. Il faut tout changer, égalité en tout, doit être notre loi et règle. Pourquoi prennent-ils pour eux seulement toutes les places et tous les honneurs, pourquoi les femmes en sont-elles éxclues, notre esprit, c’est connu, est supérieur au leur alors pourquoi ne pourrions-nous pas aussi bien qu’eux, être generaux i députés et même Ministres.

Il nous faut faire un nouveau Code, dans lequels [sic] les places doivent être partagées entre moitié femmes et moitié hommes, alors nous serons à notre place et leur prouverons nos capacités. Si nous voulons bien nous y parviendrons car l’influence de la femme sur l’homme, comme vous savez est immense, il ne s’agit donc que d’avoir une ferme volonté et d’être unies.

Bravos prolongés.

Je vois, mes soeurs, que nous sommes toutes d’accord mettons-nous donc à l’oeuvre de suite [cancellato: et avec énergie] et avant toutes choses. — Alors une jeune fille très-élégante monta à la tribune et parla ainsi:

Tout cela est bel et bon, mais pour y arriver il faut avant tout qu’on nous en accorde le droit. — Il y a pour les hommes des collèges, des universités, des académies mais pour les jeunes filles qu’y a-t-il? rien que des pensions où on nous apprend en général de nous taire, d’obéir toujours passivement et de vaincre par la coquetterie. Il faut que cela change, il faut que les femmes comme les hommes aillent aux -collèges et aux académies, alors seulement elles seront leurs égaux [sic], seront éstimées à leur juste valeur et seront appelées aux positions brillantes à la gloire, et aux honneurs. (Bravo! bravo!) Mais vous direz, peut-être, les femmes seront trop éxposées aux dangers en se mêlant ainsi aux hommes moi je dis non, car une femme qui se respecte, a bien plus de vertu que les hommes et ne se laissera jamais séduire

— je suis jeune et on dit que je suis jolie — eh bien mon coeur ne s’est attaché qu’à un seul homme, mais d’une supériorité rare, c’est un professeur de l’université qui a cherché à cultiver mon esprit et à élever mon âme; toutes les femmes solidement élevées auront les mêmes sentiments et seront éstimées partout et en tout.

Tonnerre d’applaudissements et félicitations.

Alors la suivante s’écria: pourquoi sommes-nous condamnées comme les derniers esclaves, de nous occuper des choses les plus insignifiantes, nous occuper de ménage, faire le pot-au-feu — ou bien encore les modes, est-ce un travail digne de notre esprit et pourquoi les hommes auraient-ils le privilège éternel d’en être libérés —chaque femme mariée se révoltait et forçait son mari de partager les travaux du ménage — ils finiraient bien par se soumettre, car dans le cas contraire la femme cesserait de travailler tout bonnement et le quitterait — que ferait-il alors le pauvre mari il serait bien obligé de se soumettre.

Avec du courage et de la bonne volonté nous y arriverons, jurons donc dès aujourd’hui de commencer ce régime et vous verrez que cela ira mieux.

La présidente alors se lève et dit:

« Mes soeurs, que toutes celles qui veulent jurer lèvent la main. J’approuve cette résolution, dès ce soir il [sic] sera mis en pratique, ce sera la première bonne chose qu’aura produite notre première réunion.

Maintenant, mes soeurs, dit encore la Présidente, il faut absolument nous séparer les autres déléguées parleront dans une autre séance, permettez-moi seulement de dire encore quelques mots:

Tout en approuvant tout ce que vous avez dit, je veux vous faire une proposition hardie, je pense que ce sera la plus utile et la plus importante. — Vous savez que ces monstres d’hommes sont des êtres injustes et qu’il n’agissent que par la force brutale.

Opposons la force contre la force; procurons-nous des armes et formons une masse immense, qui au besoin pourra se faire obéir quand même.

Assemblons-nous au nombre de 2.000 au moins, toutes solidement armées, nous marcherons sur l’hotel de ville d’où nous chasserons ces misérables lâches et prendrons leurs places — alors seulement ce sera la bonne, la véritable République!...

Cela devenant trop fort, je montai à la tribune et très gracieusement les priai de plier bagage et de se retirer — la Présidente ne voulant pas entendre raison, je la pris par le bras et je la mis à la porte aidé par mes 6 camarades — toutes fuyèrent [sic] et le Club fut fermé à tout jamais.